Tout ce temps.
C'est si lointain.
Il ya un vent qui doucement fait battre les fenêtres, fait grincer la vieille porte. Je crois que je frissonne.
On se sent dérouté. On se rend compte de l'importance de toutes ces traces écrites que l'on a laissé derrière soi, ils renferment des morceaux d'âmes, imperceptibles sur l'heure et qui lorsque le temps défile, prennent de cette puissance dont l'origine nous est inconnue.
Il y a une énergie. Elle est forte, bloque ce qui s'accomplit maintenant.
On appelerait surement cela un.. "choc" ?
On se demande si l'on a avancé, si l'on a gaspillé cette énergie renfermée alors. On se sent intimidé par soi-même. Où suis-je partie ? Avec mes rêves et mes envies folles ?
Ai-je envie de les retrouver ? Plus que de se sentir vivant, bouillonant comme la jeunesse le promet dans tous les livres jaunis. Cela ne se compte pas en année pourtant.
C'est fou comme l'on se perd. Lorsqu'on suit certains chemins, qu'on se jette vers l'inconnu, on en perdrait presque la piste suivie.
Après tout, revenir en arrière n'est pas souvent ce que l'on souhaite, ou alors c'est impossible.
Mais je ne peux m'empêcher de vouloir revoir ce temps là, ce temps où on ne veut pas s'arrêter. Cependant... j'ai aussi l'impression d'une illusion, d'un piège, comme si le bonheur était justement ce long fleuve tranquille.
Et si j'avais tant grandi que cela ?
Je ressens, maintenant, une fatigue. Elle tombe comme un voile légé et imperceptible, et lentement s'alourdit, avec toujours cette même intensité, ce doux brouillard qui doucement rend aveugle et fait clore les paupières. Je sens une lassitude comme si j'avais découvert des vérités qui m'étaient alors refusées il y a si peu de temps.
On souhaite, souvent, se durcir, être dans sa tête comme est notre peau, imperméable, comme un cuir qui protège des ocups et des intempéries.
Cette peau ne réagit pas au soleil.
doucement, elle se réchauffe, on sent des vagues rayonner à l'intérieur de soi.
Le cuir. Il brille. )
Plus on vit longtemps, plus il nous faut de temps pour vivre ?
Comme les vieilles armures de fer ?
C'est pour cela que l'on veut protéger l'innocence, la douceur ? Pas la douceur des choses lentes ; celle qui réchauffe le coeur à ceux qui sont enrayés - peut-être - celle qui finalement cache toute cette énergie enfantine qui ne semble jamais s'amoindrir, perdre de son intensité.
Et puis je ne vois plus qu'une rationalisation, une étude approfondie des conditions de comportements pour atteindre l'objectif principal fixé qui est... le bonheur.
Quelle chance, je ne connais pas encore de mot technique pour remplacer un mot basique par une flamboyante et pédante périphrase.
Je n'ose pas proférer des formulations, étudiées grâce à la science des sages, c'est un sanctuaire un peu secret dont je crains d'ouvrir les portes.
J'ai perdu confiance à cause des illusions omniprésentes. C'est peut être une hallucination collective l'amour, non ? Ou peut-être est-ce simplement de la barbarie de notre part de qualifier l'idée d'un seul mot qui semble exprimer quelque chose d'aussi "énorme".
Peut-être que je ne peux me résoudre à tout résumer en un mot alors que d'autres en consacrerait des poèmes entiers. Des poèmes d'incertitude, toute une vie ne pourrait sans doute en faire le tour de cette chose si "énorme".
Peut-être que "aimer" est simple, alors qu'il n'en donne tout simplement pas l'air.
Mais on aime beaucoup de gens.
Il est où ?
Dans notre tête ? Plus bas, c'est possible aussi.
Je me demande si ce serait partout. Dans chaque cellule.
J'aimerai bien...
